La plume, l’épée et les pisse-vinaigre

Posté par leblogdegaudius le 12 janvier 2015

Je vais me permettre d’emprunter cette chronique à Mediapart :

La plume, toujours, sera plus forte que l’épée

07 janvier 2015 |  Par Bertrand ROUZIES

Dieu est mort, par la faute de la connerie humaine, qui se multiplie plus vite que Ses prophètes. L’idolâtrie du sang est une facilité que la brute se donne pour n’avoir pas à aimer Dieu de tout son cœur. Seul un cœur atrophié ôte la vie d’un cœur qui bat. Plaignons ces vivants-morts qui larronnent les vies que leur Dieu a créées et croient que leur Prophète se nourrit d’une telle moisson. Ils se sont retranchés de la communauté des hommes. Il n’est pas besoin de souhaiter leur mort ; ils le sont déjà. Que le néant leur vienne en aide.  

« Il n’y a que Dieu qui ait le droit de tuer son semblable », disait Labiche.

La plume, toujours, sera plus forte que l’épée, car la plume s’envole où l’épée s’abat. Un homme de plume meurt son âme à la main.

Where is Charlie ? À l’heure qu’il est, partout en France, un peu partout dans le monde. Et nos coeurs sont ses prophètes.

« Allah est grand ! »

- Allah est tellement grand que vous ne L’avez pas vu.

« Nous avons vengé le Prophète ! »

- Pour le profit de qui, pauvres dupes ?

« On a tué Charlie Hebdo ! »

- Charlie vous emmerde. Signé : les 72 vierges du paradis.

Lien :

 http://blogs.mediapart.fr/blog/bertrand-rouzies/070115/la-plume-toujours-sera-plus-forte-que-lepee

Depuis, les responsables de ces massacres, tant à Charlie Hebdo qu’à l’Hypermarché casher ont trouvé la mort. Leurs victimes en ont-elles été vengées pour autant ?

En fait, c’est la marche citoyenne du 11 janvier qui les a définitivement consacrées. Et par pratiquement le monde entier. Fini le « french bashing », du moins provisoirement. A la place, un immense esprit de solidarité, une solidarité qui a fait chaud au cœur. Ce qu’il y a de plus élevé dans l’être humain s’est élevé contre ce qui tend à l’amoindrir, à le réduire, à l’anéantir. « Je suis Charlie », c’est-à-dire que j’ai la liberté et le privilège de tourner en dérision toute institution, toute organisation, toute doctrine et toute idole que je juge ridicule, voire  même potentiellement dangereuses pour les libertés ou la dignité humaine. Les politiques s’étaient mis en retrait pour laisser les citoyens s’exprimer en premier, et bien leur en a pris. Leur rôle reprendra dans les jours qui suivent. 

Bien sûr, il s’est trouvé des esprits chagrins qui, tout en déplorant ce qui s’est passé, pleins de compassion envers les victimes, se sont demandés si, par hasard, les dessinateurs de Charlie Hebdo « ne l’avaient pas un peu cherché ».  Pour un peu, on croirait entendre « bien fait pour eux ! » Des petits imbéciles ne s’en sont d’ailleurs pas privé. Mais au nom d’un dessin, doit-on tuer ?

Si « la plume est plus forte que l’épée », alors ceux qui se sentent lésés doivent combattre la plume avec la plume et l’épée avec l’épée.  En ce qui concerne l’épée, c’est le rôle de l’exécutif.  Pour la plume, cela demande d’autre talents, d’autres facultés d’intelligence, d’esprit, d’humour et de drôlerie.

Vu de loin, Charlie Hebdo m’apparaissait comme une bande de vieux garnements, des chenapans, des têtes à claque qui prenaient plaisir à choquer les esprits guindés, les institutions, les pouvoirs quels qu’ils soient. Des anciens combattants des barricades de mai 68, libertaires, peut-être continuateurs d’un certain esprit d’irrévérence, propre à dégonfler les égos surdimensionnés des puissants, une sorte de consolation des humbles et une sorte de garde-fou contre les excès de tout pouvoir. Je ne connaissais comme dessinateur que Cabu, par le Grand Duduche, le « Beau’f » et son pamphlet « A bas toutes les armées ». Pour les autres, à part le nom, je ne peux pas dire que je les connais parce que je les ai lus. Je ne les ai pas lus. Les morts : Siné, Cavanna, Choron, Reiser… inconnus célèbres. (Sauf pour Cavannna : un seul roman. C’est peu.). Mais passons.

Ma seule impression vis-à-vis de ces personnes : «la déconnade, la poilade, le f… de g… » Rien qui ne justifie une violence quelconque. Des gens qui ne sont pas de ma génération mais qui ont sûrement dû en voir pour tenir autant à la « liberté de blâmer », dont « les sottises imprimées » n’avaient « d’importance qu’au lieu où elles en  « gênaient « le cours » et dont « les petits écrits » ne gênaient que des « petits hommes ». 

Mais quoi ! Les satires, les caricatures, les pamphlets ont toujours eu cours, et cela à des époques où il était bien plus dangereux de les publier. Les pouvoirs en place ne s’en sont pas si mal portés, ils s’en sont accommodés  et seuls les ridicules et les petits dictateurs avaient des raisons de trembler. Les citoyens ont toujours su faire la différence entre l’humour, même vache, même de mauvais goût, et même scatologique, et la haine, même grimée sous des oripeaux de « vitriol » par des « humoristes » qui suintent l’odieux le reptilien par tous les pores. Parce que pour faire de l’humour, il faut une sacrée dose d’amour du prochain, de sa dignité et de sa liberté d’agir et de penser, ce que des esprits primaires, des décérébrés fanatisés et réduits à l’état de robot, des individus qui ne sont plus que « des idées en marche » n’auront jamais.

Oui, la marche citoyenne du 11 janvier a été belle, elle a permis de voir que l’être humain peut se mobiliser pour des causes dignes de lui, elle a permis de refuser de trembler, de continuer à se tenir debout et à refuser la barbarie. Vive la fraternité des hommes. Et m… à tous les pisse-vinaigre !

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Gaudius

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