Affaire CAHUZAC : Les vertueux, les vicieux et les demi-dieux

Posté par leblogdegaudius le 24 avril 2013

Comme tout le monde, j’ai appris qu’après avoir prétendu le contraire, Jérôme CAHUZAC avait fini par avouer qu’il possédait un compte à l’étranger , ce qui est légal, mais non déclaré, ce qui est illégal. La machine judiciaire est dès lors en marche et Jérôme CAHUZAC devra s’expliquer devant la justice et face à sa conscience. J’ai préféré attendre que l’affaire se tasse et que l’ancien député prenne sa décision de ne pas revenir à l’Assemblée Nationale pour rédiger ce petit billet d’humeur.

Ce qui m’a semblé instructif dans cette affaire, ce n’est pas l’affaire elle-même à laquelle je ne saurais donner un avis tranché, mais les réactions qu’elle a suscité : consternation, colère, indignation, ironie, hilarité, jubilation et que sais-je encore ? Dans la classe politique, bien sûr, mais aussi dans mon entourage.  « Tous pourris, tous corrompus, tous accrochés à leur pouvoir ». Et qu’on te parle de la « moralisation de la politique », et qu’on réfléchit sur la transparence des politiques. De grâce, mesdames et messieurs les politiques, restez habillés, et surtout habillés décemment !

Je vis dans un pays formidable, en vérité. Mes compatriotes cultivent les plus hautes vertus possibles et leur rayonnement illumine le monde entier. Personne n’a jamais enfreint les lois, personne n’a jamais menti ni triché ni volé, tout le monde  respecte les limites de vitesse, tout le monde est sobre au volant, tout le monde déclare exactement ce qu’il perçoit comme revenus, je le jure !

Redevenons sérieux. Qui n’a jamais été tenté ?  Qui n’a jamais succombé ? Qui n’a jamais obéi à cette petite voix qui disait « Allez, vas-y coco, qu’est ce que tu risque ? Un peu de courage, ni vu, ni connu ! ». Qui n’a jamais pesté contre les «privilégiés » tout en sollicitant pour lui-même ou pour ses amis ou sa famille une faveur auprès de tel ou tel « puissant » ? Qui n’a jamais barboté sur son lieu de travail une ou deux fournitures ? Qui ne s’est jamais débarrassé de ses ordures ou de ses encombrants en pleine nature ? Qui n’a jamais piqué une petite pointe à 150 km/h sur l’autoroute ? Qui n’a jamais pris de drogue ?  On pourrait développer à l’infini.

Et dans le même temps, on exige de nos politiques, à tous les échelons de la vie publique, exemplarité, vertu et sainteté.Bref, d’être des individus supérieurs, qui nous guideront sur le chemin bordé de roses  qui mènera à des lendemains qui chantent. On a vu des personnages « providentiels », « pères du peuple », auréolés de toutes les gloires et de toutes les vertus à qui on demandait, les yeux embués de larmes, le bonheur qui était dû ; des personnages incarnant la sagesse et l’autorité qui forgeraient « silencieusement mais efficacement le fier levain qui, demain ou après-demain au plus tard, fera germer le grain fécond du ciment victorieux au sein duquel, enfin, sera ficelée, entre les deux mamelles de l’harmonie universelle, la prestigieuse clé de voûte qui ouvrira à deux battants la porte cochère d’un avenir meilleur sur le péristyle d’un monde nouveau. » (Pierre DAC). Pour un peu, on adresserait à ces demi-dieux des prières, comme cela a été fait pour certains dictateurs du passé, on leur demanderait de faire pleuvoir dans les champs, de rendre fécondité et virilité aux personnes stériles ou de guérir les rhumatismes du grand-père.

Un personnage politique n’est pas un héros, ni un demi-dieu, ni un sauveur, ni un «homme providentiel », ni quoi que ce soit. C’est un être humain comme vous et moi, avec ses défauts et ses qualités, les mêmes que les vôtres ou les miennes. On veut moraliser la vie politique ? Cela sous-entend qu’elle ne l’est pas naturellement et qu’il faudrait légiférer pour obliger tout le monde politique à être vertueux. Cela sous-entend aussi qu’un personnage politique amène de là où il vient tout son bagage intellectuel, émotionnel, culturel et spirituel. Cela implique aussi qu’il agisse selon une certaine éthique qui lui aura été enseignée ou qu’il aura intégrée de quelque façon que ce soit. C’est donc de la responsabilité des éducateurs et des formateurs, quels qu’ils soient, de faire en sorte que leur « poulain » soit digne de leur choix. Mais c’est aussi de la responsabilité du personnage politique de ne pas déroger à sa ligne de conduite et de s’interdire tout ce qui pourrait l’en faire dévier. Quand on se consacre à la chose publique, on ne peut plus faire comme les autres, on ne peut plus se permettre tel ou tel écart de conduite si cet écart est particulièrement grave et contrevient à la loi que pourtant on est censé représenter. Se consacrer à la chose publique, c’est être incompris, c’est faire face à l’ingratitude et au mécontentement, c’est exiger beaucoup de soi-même et de son équipe. C’est sacrifier ses intérêts personnels pour les mettre au service de la collectivité et se consacrer à un idéal extrêmement élevé. C’est en quelque sorte se charger d’un énorme fardeau. Sommes-nous tous capables de nous charger aussi de fardeaux semblables, ou bien n’aspirons-nous qu’à un bonheur fait de petites compromissions, de petits intérêts mesquins, d’égoïsmes satisfaits ; bref, à un bonheur de ruminant ? Pouvons-nous exiger de nos représentants ce que nous ne sommes pas capables d’exiger de nous-mêmes ? Et pourtant, nous donnons mandat à des personnes qui nous ressemblent.

Si nous voulons que la politique soit un art noble, alors c’est nous qui devons l’être, afin que nos représentants soient le reflet de nos plus belles qualités et non de nos plus graves tares. Autrement dit, si nous voulons un monde meilleur, il faut commencer par nous-mêmes, et donc en premier lieu par l’éducation, notre propre éducation.

Pour terminer sur une note d’espoir, je vous propose à toutes et tous, politiques ou simples citoyennes et citoyens, un article du Code de Vie du Rose-Croix :

« Si tu occupes une fonction de pouvoir, ne t’en glorifie pas et ne te laisse pas griser par l’influence qu’elle te permet d’exercer. Ne l’utilise jamais pour obliger quiconque à faire des choses qu’il réprouve ou qui sont injustes, illégales ou immorales. Assumes-la avec humilité, et mets-la au service du bien commun. »

Le terme de « pouvoir » ne s’applique pas seulement au monde politique mais à tous les aspects de la vie.

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